A TRAVERS NOS PAS: 3ème chant

Sans-Nom entra dans cette forêt en suivant le sentier des brumes après avoir caressé la bourse contenant les cendres de sa muse disparue. Il entama un chant pour ELLE et pieds nus fit ses premiers pas. Il se sentit immédiatement happé par ces bois aux couleurs si chatoyantes contrastant avec les formes torturées qu’ils présentaient. Bien que majestueux ils semblaient avoir été tordus par un quelconque destin impérieux comme pour un châtiment les condamnant à la souffrance éternel, les condamnant à vivre tels des vestiges ostentatoires. Autour de lui les arbres semblaient soupirer avant de s’écarter sur son passage. Cette végétation était si dense que par moment voir le ciel était quasiment impossible. Les branches cachaient même le soleil comme si elles parvenaient à capturer son essence dans leur enchevêtrement dans un mélange insensé d’ombre et de lumière, où la clarté ne serait présente que pour grossir l’obscurité. Sans-Nom ne ressentait aucune menace en ces lieux, juste une profonde mélancolie rappelant des instants trop vite oubliés. Les odeurs d’humus étaient si fortes que lui-même se sentait absorbé, se sentait devenir pareils à ces créatures végétales dérangées dans leur immobilité par son intrusion. Il sentait la terre s’immiscer entre ses orteils avant de durcir tendrement autour de ses pieds pour prendre la forme de chausses délicates. Par moment les branches se penchaient jusqu’à lui délicatement, caressaient les gouttes de sueur sur son corps et changeaient sa transpiration en un linge délicat à leurs couleurs. Au fur et à mesure, les arbres se rassemblaient autour de lui. L’un d’eux laissa tomber des gouttes de rosées sur les lèvres de Sans-Nom pour étancher sa soif tandis qu’un autre abaissait ses branches pour mettre à sa portée ses plus beaux fruits. Un murmure venu de cette communauté silencieuse trouva un écho en lui, une infime tristesse qu’il retrouvait en eux, un appel souffreteux d’un frère à un autre frère. Les arbres se rassemblaient de plus en plus autour de Sans-Nom au point que le sentier des brumes lui était aussi caché que le soleil. Délicatement, il écarta les branches, caressa quelques écorces, ôta les vêtements offerts par la forêt et les déposa entre les racines d’un arbre. Il versa ensuite quelques larmes qu’il offrit à la forêt. Un vrombissement se fit entendre, les arbres s’écartèrent et le sentier des brumes fût de nouveau visible. Sans-Nom poursuivit son chemin.

Ô mon aimée
Mon périple vient à peine de commencer
Et pourtant je voudrais déjà me reposer,
M’étendre un instant entre ces bras qui m’ont accueilli
Et recueillir les fruits de cette union.
J’ai ressenti pour la première fois cette nature
Dont tu me vantais tant les vertus.
Moi qui ait vécu loin de mon corps
En cet instant j’ai ressenti.
Ne succomber ne serait qu’un instant pour oublier ma peine
Fût une tentation vibrante en moi.
Mais je t’aurais trahi.
Des sens,
D’essence,
Décence,
Une indécente descente aux enfers
Enchaîné à un chêne de fer.
Tel aurait été mon lot.
Je ne pouvais accepter leurs parures
Ni leur eau
Ni leur victuailles.
Le confort m’aurait rendu pareils à eux,
Immobilisé par le farniente et la contemplation.
Ils sont ce que j’ai été
Avant que ta mort ne me sorte de ma béatitude.
Ils sont ces quêteurs ayant mis fin à leur pèlerinage.
Je ne peux leur offrir que mes larmes pour espoir.
Ô mon aimée
Je comprends la raison de ta passion.

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