Avant la suite

Nous sommes encore humains.

Il n’y a pas de sens à l’Histoire, tout individu raisonnable pourra en convenir, après les mésaventures idéologiques du siècle passé. Disons qu’il existe une forte probabilité pour qu’en maîtrisant bientôt l’assemblage des atomes, nous devenions un jour les instruments d’une évolution prochaine, nous permettant notamment de survivre à l’enfer terrestre que nos ancêtres ont déclenché,  que nous prolongeons aujourd’hui; si toutefois nous parvenons à généraliser cette technologie interne avant que nous « punisse la nature » des méfaits de nos consommations intensives.

Il existe une forte probabilité pour que nous soyions les avant-avant-avant derniers êtres humains portés par cette planète.

Animal incomplet, toujours frustré, fragile et nu, condamné pour un temps à se nourrir de cadavres, nous descendons peut-être de ces premiers moribonds qu’une faiblesse structurelle a poussés au génie, compensant par l’intellect, c’est à dire par le développement en bien et en mal des relations causales, les outils donnés incapables à la survie de notre corps propre.

Nous avons appris à prolonger notre corps à travers des outils, nous avons appris à tordre la nature, à développer une mémoire, pour rester, pour devenir, pour dominer, pour engendrer; nous avons intellectualisé les coïncidences de la nature. Qu’aurions-nous pensé à la place de cette tribu qui, voyant naître par hasard un être doué d’une intelligence hors norme en plein orage dévastateur, et qui allait plus tard créer les outils leur permettant de s’assurer une pérenne domination sur le milieu, une stable survie? Qu’aurions-nous pensé, des décennies plus tard, après la mort de ce grand individu, après des milliers d’hagiographies autour du foyer, modifiées au gré de la mémoire orale de la tribu? Nous aurions créé une divinité, certainement.

Qu’ajouter à cela, sinon un grand et caetera, jusqu’à cet instant précis où la pointe du microscope électronique arracha un atome pour le déposer plus loin. Quelle belle destinée pour cette espèce de bâtisseurs, de destrucréateurs, de sanguinaires poètes toujours trop petits, chétifs et incomplets, béats d’admiration devant les modèles de la nature dont l’agencement des fonctions, acquises par le truchement d’une durée immémoriale, revêtait quelque chose qu’il associait à la Perfection!

Créer la vie synthétiquement est maintenant pensable.

Le détail.

La brique fondamentale avec laquelle tout organisme est bâti, est maintenant manipulable.

Nous avons nos grosses mains dessus, encore malhabiles.

Poètes, profitez de ces derniers moments où la bête se repose. Vos illusions essentialistes seront autant de merveilles étonnantes pour les prochains sur la Terre.

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