Cat's breath : morganatic mistress

Pour changer un peu de mes sempiternels monologues, je vais vous faire participer un peu. Afin de ne pas vous induire en erreur en vous laissant rêver de monts et merveilles, sachez qu’il n’y a rien à gagner, si ce n’est le plaisir de participer. Maintenant que la moitié d’entre vous a fui, rageuse et maudissant mon avarice, passons au contexte générale et à la présentation de mon petit défi.

Absolutely Fabulous cover DVD (source Wikipedia)

Au collège, j’ai détesté mes cours d’anglais tout comme je haïssais l’école que je subissais. Au lycée, j’ai adoré l’anglais tout comme j’aimais l’école où je grandissais. La première fois que j’ai vu mon nouveau professeur de langue et son maquillage, j’ai cru qu’elle rentrait de soirée. Au bout de trois années consécutives avec elle, j’ai compris que c’était sa touche personnelle non-accidentelle. Elle m’a toujours rappelé le personnage de Patsy dans la série « Absolutely Fabulous ». Cette impression a été confirmée lorsque j’ai appris qu’au temps de sa jeunesse elle allait aux concerts de Led Zeppelin ou des Who, pour ne citer qu’eux, et maintenant aux concerts de Jamiroquai. Si elle était Patsy, elle devait avoir son Edina. J’ai pu la trouver sans problème grâce à sa bonne copine qui n’était autre que mon professeur de français, une bourgeoise raffinée que l’on devinait délurée, plus petite et un peu rondouillette (à vrai dire elle me rappelle un peu Armande Altaï). Elle nous racontait toutes les anecdotes de la cour de Louis XIV, et nous, nous écoutions religieusement ses histoires en pensant tous « grand-mère, encore une histoire ! ». J’ai adoré ces profs et je chéris l’enseignement qu’elles m’ont apporté. Petit préambule et instant de nostalgie agréable pour expliquer le petit jeu et le titre de cet article.

Johann Heinrich Füssli [Public domain ou Public domain], via Wikimedia Commons
Johann Heinrich Füssli [Public domain ou Public domain], via Wikimedia Commons
Un jour, notre professeur révéla l’ampleur de son sadisme en nous demandant d’écrire un poème, en anglais forcément, sur notre animal favori. Diantre ! Me suis-je exclamé ! Gosh ! Ai-je pensé en anglais ! Le soir venu, je me suis attelé à cette tâche harassante. Le jour de la remise, La cruauté s’est surajoutée au sadisme lorsqu’elle nous annonça avec un petit air malicieux que chacun de nous devrait lire son œuvre à l’assemblée rassemblée pour ce cours. Prenant mon courage à deux mains, et me rappelant qu’à ce moment là je faisais encore du théâtre, je leur ai délivré ce qui suit :

Cat’s breath: morganatic mistress

Which is your soul cold cat,

Breathing my pain and my suffering?

Lied in the dark kingdom of my heart,

It makes you delicately mewing.

Stealing my minds, Handsome,

You kill my nightmarish hope.

As a frozen fire you come

And before my insane spirit you stop

Whispering as a languorous succubus:

“Don’t feel, stay in the fellowship of darkness,

Keep on living with your hopeless.”

I know now your soul’s name my dearest muse,

Dark saint, angel from despair,

Neither mystic nor beauty but their sister:

Your soul is death.

So kill me now, ‘cause life is too long to be lived in a cat’s breath.

 

Tournée du Chat Noir de Rodolphe Salis Théophile Steinlen [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons
Tournée du Chat Noir de Rodolphe Salis
Théophile Steinlen [Public domain or Public domain], via Wikimedia Commons
Suite à cette lecture emplie du pathos de la jeunesse, un silence s’est imposé, presque égale à celui qui s’était instauré après ma lecture des “litanies de Satan” de Baudelaire dans un couvent lors d’une retraite philosophique ; mais c’est une autre histoire. Le silence fut rompu par Notre bourreau qui me dit « c’est beau mais c’est triste ».

Passons au jeu-concours sans prix et sans classement. Il m’est arrivé dans le passé d’essayer de le traduire en français, mais n’ayant aucun recul, je n’ai su passer de Shakespeare à Molière. Saurez-vous réussir là où j’ai échoué ? Je ne parle pas ici d’une simple traduction via google traduction, mais d’un véritable exercice de thème. Ce texte est sans prétention et comporte tous les défauts de la jeunesse, cette tentation juvénile d’écrire sur les ténèbres obscures de nos cœurs qui hurle dans l’obscurité noire de la nuit so dark dans la pénombre d’un soleil sans lumière. Je me demande toutefois si l’un ou l’un de vous saura l’adapter en français. L’idée m’est venue suite à un article de Lumière de Lune et les commentaires qui en ont découlé.

http://www.lumieredelune.com/encrelune/lumiere-de-lune-logo,2011,08

À vous d’écrire à présent.

Avant de lire les traductions que vous laisserez dans les commentaires, à moins que je ne me prenne un bide total, je voudrais parler un peu de mon lycée tant aimé. J’ai débarqué là bas sans trop savoir où je mettais les pieds. Ayant haï mon école précédente, j’avais décidé de ne plus travailler. Je voulais me faire virer, ce qui a mis 5 ans. Finalement, les instances de cette grande institution catholique privée aux tendances extrémistes ont compris que c’était ce cadre qui me posait problème. L’un des responsables a suggéré à ma mère effondrée par ce renvoi, tandis que je tentais de cacher ma joie, de me diriger vers un lycée pratiquant le système des secondes méthodologiques. Pour faire un résumé : quand on estime qu’un élève a encore des possibilités, on peut le mettre dans une classe dite méthodologique. En seconde, le programme scolaire est allégé. Si les professeurs estiment que l’élève est remis sur les rails du système, un examen est passé en fin d’année. S’il réussit, l’élève passe directement en première; s’il échoue, il redouble mais a pu tout de même se mettre à niveau. J’étais dans la première catégorie. Cette école faisait partie de celles qui étaient déconsidérées par les classements annuels. Je souris encore en imaginant la tête du directeur de l’époque en tombant sur ce chroniqueur télé de « Nulle part ailleurs » citant l’école comme étant une des pires en mathématiques. Pour remettre un peu les choses à leurs places, c’était surtout un lycée littéraire qui avait comme enseignement de spécialité le théâtre et l’art plastique.

L'école d'Athènes par Raphael
L’école d’Athènes par Raphael [Public domain], via Wikimedia Commons
Je peux dire que je suis fier d’y être passé car l’année du bac, nous les élèves médiocres dont aucune école ne voulait, nous avons tous eu notre diplôme, sauf une qui s’en moquait par rapport à ses projets. Même les scientifiques qui étaient le maillon faible parmi tous ont affiché 89% d’obtention. Pour moi, c’est ça l’école. C’était un endroit où on ne laisse personne sur la route, où il n’y a pas de sélection à l’entrée, où une seconde chance est possible. Les boites à bac qui sélectionnent les meilleurs n’ont pour moi aucun intérêt.

C’est aussi l’endroit où j’ai commencé à écrire, encouragé en seconde par mon professeur d’histoire-géographie dont les premiers mots en se présentant furent « ayez l’esprit critique ».  C’est aussi, en terminal, cette jeune professeur d’histoire qui a passé la soirée post-bac avec nous et qui nous a quitté les larmes aux yeux ; nous étions sa première classe. En retournant la première fois dans ce temple, elle m’a montré le projet qu’elle avait réalisé seule pour une classe de seconde : l’année tournerait autour de Rome, en histoire-géo mais aussi dans les autres matières. Pour les maths en étudiant le nombre d’or ; pour le sport, s’exercer aux sports pratiqués dans la Rome antique et ainsi de suite pour chaque discipline. Le tout s’est concrétisé par un voyage d’une semaine à Rome avec les élèves. Elle a monté le projet seule, elle l’a soumis à ses collègues et à la direction : tous on dit oui. Elle a voulu montrer à ses élèves que tout était lié ; elle a réussi.

L’éducation des enfants de Clovis, 1861
Lawrence Alma-Tadema [Public domain], via Wikimedia Commons
Ce lycée était surtout pour moi ce professeur de théâtre, dont je ne cesse de parler, qui me bousculait pour que je fasse plus que de rester sur mes acquis. C’est avec lui que nous, élèves de théâtre et d’arts plastiques, sommes partis en Grèce pendant une semaine. C’est grâce à lui que nous avons pu jouer des pièces dans des lieux prestigieux comme les ruines du théâtre d’Epidaure.  Grâce à lui, j’ai pu connaître une sorte de catharsis en interprétant Oedipe, le roi aux yeux crevés. Ce sont pour ces cours que j’ai écrit ma première pièce, « Archanges ». Ne la cherchez pas sur ce site, j’ai pour projet de la réécrire plus tard. Ce satané personnage savait que j’avais besoin de hurler, de relâcher la pression, de canaliser la destruction vers la création et la construction. J’ai découvert avec lui des mouvements esthétiques, j’ai confronté ma folie à la sienne. Quitte à errer dans le cliché : j’adorais le détester et j’ai détesté l’adorer. J’ai tant de choses à dire le concernant que je pense lui dédier un jour un article. Par contre ne croyez pas que ce sera dans l’ambiance du « cercle des poètes disparus ». Au  » Ho Capitaine mon Capitaine !  » je ne réponds que par « coulons la péniche où il habite ! » Cet homme était fou et j’ai encore beaucoup d’affection pour lui en dépit des échanges haineux que nous avons pu avoir.

Spinoza
Portrait de Spinoza 1665 tiré de la Herzog August Bibliothek.
See page for author [Public domain], via Wikimedia Commons
J’aurais un mot pour mon professeur de lettres et de philosophie : merci. J’ai appris qu’il avait mis fin à ses jours. Je pense très souvent à lui et à son affection pour Spinoza. Lire ce penseur me fait repenser aux cours de cet homme laconique, malheureux mais qui aimait sincèrement ses élèves.

Je suis repassé quelques fois dans cette école, et c’est toujours avec la même joie que je retrouve ces enseignants pour qui former des élèves, transmettre, c’est aussi accoucher de citoyens. Ce que je suis je leur dois en partie. Afin que des parents effarés ne retirent pas leurs enfants de cette école, suite à la découverte de mon site, en priant pour qu’ils ne deviennent  pas comme moi, j’en tairai le nom. Mon seul reproche ? C’est du privé, je trouve ça dommage. Il faudrait que tout ceci soit possible dans le public quelque soit le lieu.

À présent, à vos copies !

NB : Afin d’illustrer cet article, je souhaitais prendre un tableau représentant un chat. Ne trouvant mon bonheur, je me suis retranché sur une peinture de Henry Fuseli correspondant mieux à l’ambiance de mon texte que ces images mignonnes de chats qui ne m’ont guère intéressé. À une époque, les paysages m’ennuyaient, mais des peintres comme John Martin, William Turne rou Friedrich et surtout la photographe Tailleur d’Images  ont su me réconcilier avec cette thématique. Si vous connaissez des tableaux animaliers susceptibles de me plaire, je vous en prie, faites moi signe que je ne reste pas buté sur une impression négative.

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