Droit de vote des étrangers : pour une gauche décomplexée

Des gens de bonne foi mettent au crédit de Marine Le Pen de parler de la France, sous-entendant qu’elle est la seule à parler de la grandeur de celle-ci.

La France a certes une grande et belle histoire, riche de génies, de chefs d’oeuvre et de trésors des terroires dont elle peut s’enorgueillir, tel son cabécou (délicieux petit fromage rond au lait de chèvre) ou son papitou (remarquable pâté de foie gras de canard).

Pour autant, ce dont parle Marine Le Pen ressemble plus à une petit France craintive et mesquine, recroquevillée sous l’ombrelle de l’histoire – notamment celle des fameux « quarante rois qui en mille ans firent la France ». Sans écarter niaisement l’apport de ces quarante rois, il nous semble toutefois que la grandeur unique et propre de la France, se retrouve dans les principes de la révolution, aussi bien dans la déclaration de 1789 que dans la Constitution de l’an I, pour ne prendre que deux de ses productions les plus symboliques.

Or, cette France de la révolution est grande avant tout par sa vocation universaliste. Elle porte un projet pour le monde autant que pour chaque individu. Le sens de la France est d’être le patrimoine commun de l’Humanité.

A cet égard, le sort de l’étranger, des étrangers, dans la campagne des élections présidentielles relève de l’insulte à la patrie, de la trahison.

La droite « républicaine », a ainsi fait de la réduction du nombre d’étrangers en France (moins de visas, plus de reconduites à la frontière) un thème absolument central de sa campagne. Le message est clair : une France forte passe par moins d’étrangers sur son sol. Le premier tour passé, elle se met de plus fort à agiter, comme repoussoir absolu, la question du droit de vote des étrangers aux élections locales, promis par le candidat socialiste.

Un candidat socialiste, qui soit dit en passant, a plutôt jusqu’à maintenant marqué par sa pusillanimité sur ces questions, que par l’ampleur de sa vision. La gauche socialiste est complexée.

Elle n’ose pas être authentiquement libérale comme seuls ont sur l’être sur ce plan Eva Joly et Jean- Luc Mélenchon, au cours de la campagne.

Sur les questions liées aux droits des étrangers et à l’immigration, ce sont les idées du Front National qui constituent aujourd’hui le point focal, par rapport auquel les autres partis doivent se déterminer.

La droite « républicaine » est ainsi plus modérée que le Front National et la gauche socialiste est plus modérée que la droite « républicaine », mais au fond, toutes ces modérations s’inscrivent dans un même paradigme, celui du rejet.

Si aujourd’hui les français croient la droite, quand elle dit que la gauche est laxiste sur l’immigration, c’est parce qu’elle-même se ressent comme telle. La gauche a honte d’aimer l’étranger et d’être prête à l’accueillir.

Cette France ouverte et accueillante, patrie universelle, où la liberté de circulation devrait être l’horizon, voilà la France forte ; ici est la grandeur de la France et non dans les réjouissances sordides sur les objectifs bien remplis quant au nombre d’étrangers reconduits.

François Hollande a ainsi réaffirmé après le premier tour des élections présidentielles, son engagement à mettre en place le droit de vote des étrangers aux élections locales. Certains observateurs et éditorialistes y voient sa mort politique et la droite « républicaine » une « braderie » de la citoyenneté (le débat rappelle d’ailleurs de manière piquante celui sur le droit de vote des femmes sous la IIIème République. Les menaçants États étrangers ont simplement pris la place des curés réactionnaires dans le contrôle des consciences de ces dangereux électeurs potentiels). Bertrand Delanoë imagine au contraire que cet engagement du candidat socialiste sera pour lui ce qu’a été l’abolition de la peine de mort pour François Mitterrand en 1981.

Autant la radicalité de Mitterrand sur la peine de mort était absolue – abolition totale, sans cas d’exception – autant l’octroi du droit de vote aux étrangers devrait être porté par cette même radicalité et s’appliquer à toutes les élections, locales, nationales, européennes. Ne faisons pas de dichotomie au sein du processus démocratique. Aucun raisonnement sérieux ne permet de distinguer entre droit de vote aux élections locales et droit de vote aux élections nationales. Un individu attaché à son lieu de vie, qu’il soit français ou non, dès lors qu’il participe de la communauté devrait jouir des mêmes droits et devoirs. Ce n’est bien évidemment aujourd’hui pas le cas. Les étrangers de France participent à la vie économique et non à la vie politique – si ce n’est dans le cadre associatif. Distinguer l’économique du politique nous semble particulièrement contre-productif quant à la possibilité de bonne intégration de l’étranger vivant sur le territoire.

Pour marquer ce discours dans les actes, nous proposons que chacun citoyen français qui partage ces idées offre son vote du second tour à un étranger de France, souhaitant participer au choix de son président. « Son » président, car vivant sur le territoire, il vit comme tout Français selon les lois promulguées par le président de la République.

Le 6 mai prochain, nous nous rendrons donc dans notre bureau de vote accompagné d’un ami étranger et ressortirons de l’isoloir avec le bulletin opposé à celui de son choix pour prouver notre bonne foi, celui de son choix étant tombé dans l’urne.

Nous voterons pour Nicolas Sarkozy, sans déception ni bravade, si c’est le choix de cet ami.

Il ne saurait y avoir de distinction entre les Hommes. La décision d’offrir sa voix à un étranger découle de ce principe humaniste. Si l’essentiel des lois est proposé le Gouvernement, les lois naturelles sont et doivent être mises en œuvre par le Peuple.

On ne saurait conclure sans citer l’article 4 de la Constitution de l’an I : « Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; – Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français ».

Est ainsi citoyen français, l’étranger domicilié en France depuis un an, qui nourrit un vieillard. Nul doute que nombre d’aides à domicile africaines, qui chaque jour donnent à manger à nos nobles et vieux citoyens, se réjouiront de cette bonne nouvelle.

Nicolas Gardères, avocat

Yann Landry, citoyen

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