Troisième verset : les pieds de l’homme

Nous arrivons alcoolisés chez moi. Son appréhension est à la hauteur de mon excitation tandis que j’enfonce la clé dans la serrure. Il regarde nerveusement autour de lui, guettant le moindre bruit de pas dans le couloir de l’immeuble. Je l’entends pousser un soupir de soulagement tandis que j’ouvre enfin la porte. J’entre, mais lui reste sur le seuil alors qu’il était si pressé d’entrer quelques instants avant. Je lui souris et lui dit d’entrer. Il fait un pas et referme la porte sur nous. Il reste immobile tandis que j’allume toutes les lumières et mets un peu de musique. Il ne se détend pas. Ce que j’ai trouvé mignon tout au long de la soirée m’agace à présent. Je prépare un cocktail corsé. Un tiers de Gin, un tiers de cognac, un tiers de jus de pomme. Je lui tends un verre et lui indique le sofa. Il va péniblement s’assoir comme un enfant pris en faute. Mais ne suis-je pas sa faute incarnée, celle qu’il désire commettre ? Je me colle à lui plus que je ne m’assoie à côté de lui. Il tremble un peu et n’a manifestement pas touché à son cocktail. Je lui prends des mains et en mets dans la bouche une ration propre à faire s’écrouler un polonais. J’agrippe le mignon par le cou et colle mes lèvres contre les siennes. Avant qu’il ne puisse protester, je fais couler dans sa gorge le breuvage et ne relâche la pression que lorsqu’il a tout avalé. La moitié du liquide a coulé sur nos mentons et sur son T-shirt. Tant qu’il est encore sonné, j’enlève ce bout de tissu inutile et lèche sur son torse les gouttes restantes. Il gémit à la fois de plaisir et de honte, puis de douleur quand je lui mordille le téton. Il me repousse violemment, je tombe par terre et éclate de rire. Il est effrayé et incrédule devant mon ivresse du moment. Quel moment délicieux ! Il se relève, essaie maladroitement de remettre son T-shirt et me dit qu’il a fait une erreur. Il s’enfuit de chez moi en laissant la porte grande ouverte.

Le lendemain, je tente de le contacter sur l’application de rencontre où j’ai fait sa connaissance. Il ne me répond pas, pas plus que les jours suivants. Au bout d’une semaine, son compte n’existe plus, mais moi je sais où le trouver. Je me rends un matin au stade où il s’entraine avec son équipe de football. Il n’est pas encore très connu, mais son nom commence à circuler comme étant l’un des espoirs de sa génération. Je me mêle à la foule des fans qui attendent de rencontrer leurs idoles dans l’espoir de leurs soutirer un autographe ou des conseils pour devenir à leurs tours professionnels. Quand arrive à mon tour de passer devant lui, je lis son trouble sur son visage. Il signe rapidement mon papier tandis que je lui en tends une enveloppe en disant que c’est un cadeau. Ce cadeau, c’est une clé, un double de chez moi.

Je n’ai pas à attendre longtemps, le soir même je suis réveillé par la serrure de mon appartement. J’entends le bruissement des habits jetés au sol. Il se glisse sous les draps, se colle contre mon dos et me pénètre sans ménagement. Je sens son haleine, il a beaucoup bu pour se donner du courage. De nouveau je ris. Nous passons la nuit sans échanger un mot, juste à baiser sans échanger de baisers futiles et obscènes. Il part au petit matin, avant que le soleil ne se lève et que les habitants ne se réveillent, encore plus honteux que la première fois.

Nous nous retrouvons ainsi plusieurs fois, toujours chez moi. Il n’est entre nous pas question de diners romantiques, de soirées en amoureux, d’après-midi devant des téléfilms foireux les dimanches pluvieux. Il ne s’agit que de sexe violent et jubilatoire.

De nouveau, plus de nouvelles de sa part pendant plusieurs semaines. Cette fois je ne me déplace pas, je lui envoie par la poste une clé USB contenant une vidéo de nos ébats. Vive la technologie permettant d’activité une webcam discrètement. Encore une fois, il répond rapidement à mon injonction, il débarque en trombe en pleine nuit chez moi. Il me tire du lit où il a pris tant de plaisir, me jette au sol et me roue de coups de pieds dans le ventre, les cotes, le visage. Il vise particulièrement mes testicules et s’acharne. Il hurle qu’il n’est pas une putain de tantouze, que ce n’est pas une fiotte comme moi qui vais ruiner sa carrière, qu’à cause de moi tous ses coéquipiers de l’équipe le fuient comme la peste. Mon visage est en sang, je ne sens plus mon corps, uniquement une érection violente tandis qu’il continue à me ruer de coups. Il se lasse, se fatigue et s’effondre dans un coin comme un gosse. Il pleure, la tête entre ses bras. Je me traine vers lui et le prend dans mes bras. Il essaie de m’écarter, mais il n’en a ni la force ni la volonté. Il chouine que le football c’est toute sa vie, que lorsqu’il court, il sent les vibrations du monde. Docilement, il me laisse lui retirer les chaussures, puis les chaussettes. Je lui lèche les orteils et lui comprend que je suis dorénavant sa vérité, la seule dont il a toujours eu besoin. Qu’importe la gloire, l’esprit d’équipe, l’esprit sain dans un corps sain et toutes ses conneries ressassées par une société d’injonctions. Seul compte ce qu’il est et ce nous sommes tous les deux.

Nous nous déshabillons, nous caressons, pour la première fois, nous nous embrassons. Je lui fais signe de m’amener sur le balcon donnant sur la cour intérieure de mon immeuble. Ici, en pleine nuit, mais à la vue de tous, il me prend sauvagement. Je vois des lumières s’allumer dans les appartements, tandis que lui hurle sa joie d’exister dans mes entrailles. Nos vociférations et râles de plaisir réveillent les voisins. Chacun de ses coups de boutoir est pour nous une libération de cette vie. Certains nous ordonnent d’arrêter sous peine d’appeler la police. Je ris comme je n’ai jamais ri et au moment où mon amant joui en moi, je bascule par-dessus la rambarde, l’entrainant dans ma chute. Ma descente est accompagnée par des corbeaux tournoyant autour de moi. Patience mes mignons, votre repas est bientôt servi. Nous y sommes. Ce sont nos pieds que vous voulez dévorer ? Nous n’en avons plus besoin.

LE DIEU PECHEUR

Ainsi donc mes corbeaux vous voici,

Quelle chair délicate m’apportez-vous ce jour ?

Des pieds d’hommes ? Faut-il que je me dresse pour savoir comment mourir ?

Allez mes messagers, contez-moi d’autres histoires que je sache comment mourir debout.

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