Mon coming-out par l'art

Il y a quelques mois, sur le site de têtu, j’ai lu un article concernant les premiers moments où l’on a pris conscience de son orientation sexuelle. Je ne me suis jamais posé la question, sachant depuis mon enfance que j’étais attiré par les deux sexes, sans que je n’en ressente une quelconque gêne. J’aimais autant jouer au docteur avec mes voisins qu’avec mes voisines.

Toutefois, il est un moment où mon esprit d’enfant a formalisé l’attirance pour la gente masculine en plus de la féminine. Ce fût en primaire, en découvrant  pour la première fois les œuvres de Michel-Ange, notamment son magnifique David. Prendre cette pose est encore et toujours un moyen  de me faire fondre.

 

David de Michelangelo
David de Michelangelo

Puis j’ai découvert la chapelle Sixtine. C’est Michel-Ange qui m’a révélé l’art. C’est Michel-Ange qui m’a révélé à moi même. Son désir a fait écho au mien. Outre le contexte ouvert où j’ai pu évoluer, je pense que mon affection pour l’art et la façon dont j’ai réellement découvert ma bisexualité m’ont aidé, voire permis de me sentir bien dans mes baskets. Je m’explique: si on prend l’exemple de la chapelle Sixtine, elle est un des plus grands exemples du sacré. De voir ces œuvres admirées par tous en dépit de leur aspect homo-érotique, m’a fait comprendre qu’il n’y avait rien de mal dans ce que je suis, que j’avais autant le droit d’exister qu’un  hétérosexuel en dépit des dénégations de certains.

Et maintenant, me demanderez-vous? J’aime toujours autant l’art, mais je voudrais revenir sur ce terme que j’ai employé précédemment: “homo-érotisme”. En vérité je vous le dis, je n’aime pas trop ce terme. D’une part parce que l’art, la perception et la jouissance d’une œuvre ne sont pas à mon sens la propriété d’une seule communauté. On n’a pas besoin d’être hétéro, gay ou bi pour aimer Michel-Ange. D’autre part, certaines œuvres se déclarant de l’homo-érotisme finissent par devenir des clichés. Certains artistes oublient l’art au profit du seul désir que peuvent susciter leurs créations. Ce même désir ne devient plus une composante de l’œuvre, mais le seul élément, la cause, la raison, l’objectif et le justificatif. Entendons-nous bien, la question se pose dans l’art en général, mais je trouve que cela est plus prégnant dans cette mouvance.

Plus généralement dans l’art, il existe une grande icône gay en peinture: saint Sébastien. Il ya quelques temps, j’ai voulu dédier un sujet à ce personnage et ses représentations au Café des Liches. C’était le soir où le conseil constitutionnel avait rendu son arbitrage concernant la constitutionnalité de l’interdiction du mariage gay. La réponse donnée m’a… quelques peu agacé…. Sous le coup de l’énervement, j’ai voulu écrire un sujet sur saint Sébastien afin de montrer l’homosexualité sous un autre jour. J’ai renoncé car plus généralement, j’ai renoncé çà écrire sous le coup de la colère. Plus tard, je vous présenterai ce sujet… quand ma fureur se sera calmée.

 

Saint Sébastien par il Sodoma
Saint Sébastien par il Sodoma

Certains se demandent sans doute comment j’ai fait mon vrai coming-out? Et bien, le premier fût très inattendu: C’était un samedi après-midi. Mon père regardait un reportage sur le sida.  C’était au milieu des années 80, on en parlait encore comme le cancer gay. Je ne comprenais pas forcément, n’étant qu’un gosse à l’époque. Je jouais par terre et écoutais d’une oreille. Mais j’ai été surpris par tous ces hommes qui disaient en gros “je suis gay, j’ai le sida”. J’ai fini par dire à mon père: “c’est bête, moi aussi je suis gai mais je n’ai pas le sida”. Mon père tout gêné, m’a juste dit que ce n’était pas la même chose. Me disant que c’était encore une subtilité d’adulte et que je comprendrai plus tard, je n’ai pas insisté. Sans le savoir, c’était mon premier coming-out. Comme le disait si bien Jacques Martin, les enfants sont formidables. Plus sérieusement, je n’ai jamais fait ce fameux coming-out à proprement parlé. J’ai toujours eu l’habitude compartimenter ma vie selon le modèle amis/famille/relations sans qu’aucun ne se mélange. De plus, par cabotinage, je laissais planer le doute. Au final, quand j’ai commencé à en parlé, je ne parlais non pas de mon orientation mais plutôt de la relation dans laquelle je me  trouvais; le fait d’être avec un homme ou une femme n’ayant aucune importance à mes yeux. Je vais me permettre quelques exemples variés de réaction lorsque les gens ont su:

  • Ma mère a qui j’ai dit que je viendrais déjeuner avec mon copain: “Mais je n’ai pas encore sorti la belle vaisselle! Dans quoi on va manger?!” (elle venait d’emménager)
  • Un ami d’enfance: “faut que je te montre une photo de partouze! les mecs ont des bip énormes”
  • Un autre ami: “je croyais que tu n’aimais pas les femmes”
  • Une amie: “t’as trop de la chance d’être bi! Tu as plus de choix!”

Et j’en passe, des plus ou moins cocasses. Je vais me permettre d’insister un peu sur la notion de bisexualité. Il s’agit d’une orientation sexuelle à part entière, mais beaucoup ont tendance à la réduire à l’un ou l’autre. J’insiste parce que la bisexualité entraine aussi bien le rejet des hétérosexuels (le)s que des homosexuels (le)s. Les premiers nous considèrent comme les “pédés de service”, tandis que les seconds nous considèrent comme des traitres qui ne s’assument pas. Une copine de lycée lesbienne disait qu’elle se méfiait des bi et les trouvaient pervers… Bref, pour rester sur une comparaison artistique, aimer Basquiat n’empêche pas d’aimer Bouguereau. Pour être plus léger: un jour, lors d’un concert contre l’immigration jetable, une jeune fille me dit “ben?! Tu ne danses pas?!”. Je lui ai répondu: “En tant que bi, je dois à chaque fois choisir mon camps. Sois je prends mon côté gay, et j’écoute barbra Streisand et je danse comme Prince; soit je prends mon côté hétéro, et dans ce cas j’écoute Prince, mais je danse comme Barbra Streisand. Tu comprends donc pourquoi je ne danse pas”.

Mon regard se tourne un instant vers cette mode qui m’insupporte: un certain nombre de jeunes filles disent qu’elles sont bisexuelles pour faire rebelles, provocantes, bref “d’jeun’s”, alors qu’elles ne le sont pas. Être gay, lesbienne, bisexuel(le) ou trans (soit l’acronyme LGBT) c’est aussi faire face par moment à de l’hostilité, du mépris, voir à de la violence physique et/ou verbale. Ça m’agace parce qu’il faut toujours batailler actuellement pour faire accepter l’idée de bisexualité (il a fallu des années avant que la gay pride intègre les bi dans les définitions). Ça m’agace parce que si c’est un jeu, que celles qui s’amusent à ça demandent aux protégés de l’association “le refuge” si c’est toujours aussi fun. J’en profite pour mettre en clair le lien vers cette association qui sauve les vies de jeunes gens mis à la porte de chez eux à cause de leur orientation sexuelle: http://www.le-refuge.org/ Fin de la parenthèse.

Quoiqu’il en soit, et au delà de toutes ces considérations, la plus grande œuvre d’art sur laquelle je travaille est mon couple. Mon conjoint, pour qui j’ai écrit “l’orage” et “dans un vert d’absinthe“, est depuis des années à la fois ma muse et mon pygmalion. Si je n’ai plus écrit sur lui depuis, ce n’est pas parce que l’amour s’est érodé, c’est au contraire parce qu’il est mon rêve devenu réalité. Avec lui, j’ai signé symboliquement pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare. Je vais encore donner le bâton pour voir la horde de rapaces amicaux déferler pour se gausser de cet instant Nutella, mais je t’aime mon B.B.

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