Croquer la vie à pleines dents

Cette nouvelle fait partie du recueil « Dentelles ». Celui-ci n’étant plus disponible, et avec l’accord de l’éditrice Carine Roucan, je publie ici ma collaboration. Je ne la remercierai jamais assez pour m’avoir proposé de participer à ce projet.

Je dois autant de remerciements à Ève Zibelyne, non seulement parce qu’elle a accepté que je reprenne l’illustration qu’elle a faite de mon texte pour le livre, mais aussi et surtout pour la qualité de son oeuvre.

Je vous invité à découvrir les autres publications de la jeune association Racine et Icare :

http://www.racineeticare.com/

Je vous souhaite à présent une bonne lecture

 

Croquer la vie à pleines dents

 

Elles ne se séparaient jamais, les sœurs dentellières. Elles sortaient ensemble, rentraient ensemble, marchaient ensemble. La plus âgée menait la troupe. Elle se prénommait Andrée-Pierre. L’air sévère, imperturbable, on ne lui connaissait qu’une fantaisie : les petits croquants salés à la violette faits par son boulanger. Trop édentée pour les croquer, elle les suçotait avec gourmandise. À ce moment, son petit visage ridé s’éclairait comme celui d’une enfant. Derrière elle se tenait Claire, sa cadette. Toujours l’air soucieux, elle regardait partout comme si elle avait peur qu’un détail lui échappe. Elle parlait peu ; nul ne se souvient l’avoir distinctement entendue. Elle laissait faire son aînée et sa petite sœur chérie. La première donnait des ordres, la seconde avait l’amabilité des innocents. Cette dernière s’appelait Clotilde. Pleine de vie, il fallait bien l’autorité d’Andrée-Pierre pour la tenir. Elle était visiblement la plus jeune mais personne ne connaissait leurs âges. Qui s’en souciait d’ailleurs ? Elles étaient là et apportaient la prospérité à leur village.

 

Elles vivaient dans leur grande maison familiale en bordure du hameau. Bien qu’excentrée, cette vieille bâtisse imposante en pierre de taille, aussi robuste que le regard d’André-Pierre, était le centre de la ville ; ses façades étaient régulièrement blanchies à la chaux, les murs soutenus par de larges poutres en chênes. Cette demeure semblait être un vestige au-delà de toute conscience humaine au point que les passants se taisaient toujours en déambulant devant ; même les bébés et les animaux respectaient le silence de ce lieu : tous étaient frappés par cette sourde présence antique.

 

La vie des sœurs dentellières était rythmée par leur vieille horloge tonnant à heure régulière. Celle-ci trônait à l’étage, au bout du couloir ; solitaire et impérieuse. Cet imperturbable rappel du temps réveillait à 7h les trois sœurs dont chacune avait sa chambre. Le lourd tintement brisait la torpeur matinale et parcourait le couloir jusqu’à elles. Elles se préparaient dans leurs cloîtres respectifs, en silence. À 7h30, elles sortaient simultanément et se retrouvaient dans le corridor. Elles s’embrassaient sans dire un mot puis se rendaient chez le boulanger. André-Pierre commandait 3 croissants ainsi qu’une demi-douzaine de ces croquants qu’elle aimait tant ; elle les gardait pour le goûter. Claire demandait toujours un croissant et un pain au chocolat. Clotilde ne savait jamais ce qu’elle devait choisir. Foudroyée par le regard impatient de son aînée, elle finissait invariablement par prendre un pain aux raisins et un pain au chocolat. Elles rentraient chez elle, s’attablaient et prenaient leur petit-déjeuner en silence. Elles ressortaient à 8h précises pour faire des courses. Elles se rendaient dans cet ordre : chez l’épicier, le primeur, le crémier et le boucher. Elles ne faisaient jamais la queue ; tous les villageois savaient à quel point leur temps était précieux. Chaque habitant les saluait respectueusement. André-Pierre se contentait de hocher gravement la tête. Claire rougissait et balbutiait de brèves salutations dans un murmure confus. Clotilde, elle, répondait à tous avec un grand sourire. Elle demandait des nouvelles de chacun. Lorsqu’elle s’attardait trop, Claire lui tirait timidement sur la manche pour lui signifier que leur grande sœur s’impatientait. Elles reprenaient leur périple perpétuel. La petite jetait toujours un regard en arrière pour regarder celles et ceux qu’elle venait de quitter. Cet étonnant trio était de retour à 9h50. À 10h, elles recevaient leurs premiers clients jusqu’à 12h. Elles prenaient deux heures pour préparer le déjeuner et le déguster ; pas une de plus, pas une de moins. De 14h à 16h, l’entreprise familiale ouvrait de nouveau ses portes dentellières. Les sœurs s’accordaient une heure de promenade. Elles allaient jusqu’à la place du village et s’asseyaient sur un banc, celui à côté d’un puits sans eau. C’était le seul moment où Clotilde échappait à la vigilance de son auguste sœur. Cette dernière était trop occupée à déguster ses gourmandises salées à la violette. Elle parlait à tous ceux qui passaient, s’amusait avec les enfants. Claire, elle, restait en retrait. Elle se contentait de sourire en contemplant la joie de sa sœur ; une joie qui s’estompait lorsqu’André-Pierre leur intimait l’ordre de rentrer à 17h. Tout le reste de la journée était consacré à leurs travaux de confections. Elles étaient convoquées une dernière fois à 21h par l’horloge. Elles se retrouvaient dans le couloir, s’embrassaient sans rien dire, puis se couchaient. Elles s’endormaient en même temps.

 

Leur demeure avait une seconde entrée. Il fallait pour cela passer par le jardin luxuriant empli de vignes, de pommiers et de roses. Les villageois et les visiteurs se disaient prêts à se damner pour avoir un tel morceau de Paradis. La seule réponse donnée par l’aînée dentellière était que le meilleur engrais était le cœur de ses clients. Sombre explication, mais qui se serait hasardé à en savoir plus, au risque de provoquer l’ire de la petite vieille ? Au-dessus de la porte entourée de lierres, on pouvait lire cette inscription gravée dans la pierre : « La vie à pleines dents ». Il s’agissait du nom de leur commerce de dentelles. Les clients entraient ainsi, même sans prendre rendez-vous ; ils étaient accueillis pas Clotilde qui discutait avec eux tandis que Claire leur préparait un thé à la pomme accompagné de mignardises. Ce n’est que lorsqu’ils avaient terminé cette collation qu’André-Pierre prenait la parole. Elle se contentait de dire : « Votre commande est prête ». Les clients étaient stupéfaits, non seulement de la qualité de l’ouvrage, mais d’obtenir ce qu’ils souhaitaient sans en avoir fait la demande. À leurs mines stupéfaites, la plus âgée des sœurs dentellières répondait simplement : « Nous savons, nous faisons ». La confection était d’un raffinement rare, voire unique. Les fils de soie étaient d’une exceptionnelle finesse. Lorsque la personne leur était sympathique, les sœurs dentellières leur faisaient visiter l’élevage de vers à soie. C’était un des rares moments où Andrée-Pierre souriait. Ses sœurs et elles parlaient avec amour de et avec ces petites créatures tisseuses. Pour un peu, on avait l’impression que chaque vers avait un nom et une histoire à raconter. C’était un des nombreux secrets de leur succès. Tout le pays venait leur passer des commandes. On a même vu des étrangers d’autres continents se déplacer pour avoir l’honneur de détenir une de leurs œuvres. Cette renommée mondiale rejaillissait sur ce petit village.

 

Un jour printanier, un couple arriva dans leur échoppe. Elle était une jeune fille de bonne famille désireuse d’une robe au ramage supérieur à son corsage. Sa famille avait entendu parler des sœurs dentellières par des gens de grande élégance. Prête à épouser le jeune homme dont elle s’était passionnément amourachée, elle voulait rehausser sa beauté tiède par une robe ensorcelante. Elle avait rencontré le futur marié dans un rallye organisé par sa parentèle ; cette dernière était soucieuse et désespérée à l’idée de ne la voir convoler. Bien que les gendres potentiels soient conquis par son nom, ils l’étaient moins par sa détentrice qui était, malgré elle, la promesse d’une union à jamais non consommée. L’ingratitude de son visage n’avait d’égal que la gratitude de son cœur lorsqu’on daignait lui jeter un regard prolongé. Lui était différent. Il n’était pas de ces fils de familles fortunées ; le seul argent en sa possession était celui du plateau empli de petits-fours qu’il offrait aux invités. Il tomba sur elle, au propre comme au figuré, souillant sa robe en tafta de tartinettes et de tarama. Le jeune homme se jeta à ses pieds pour réclamer sa clémence et tenta de nettoyer maladroitement le tissu imbibé de la jeune fille. Entre murmures désapprobateurs et rires contenus de l’assemblée, tous discutaient du pourpre dont s’étaient parées les joues de l’accidentée. Personne ne comprit la raison de son émoi. Le criminel serveur cachait sous des mouchoirs ses mains s’enhardissant à des contacts impudiques. Derrière l’air affolé et contrit de façade, il révélait à sa proie un sourire enjôleur. Il se releva enfin, fit un clin d’œil discret et repartit en cuisine chercher son solde de tout compte. La soirée reprit son cours ; son cœur, à elle, fut pris par cet inconnu. Le temps était suspendu à ces lèvres malicieuses. Elle s’est échappée de ces festivités en son honneur pour risquer le déshonneur avec un serviteur. Elle le retrouva dans l’arrière-cour, où, après des promesses éternelles de sa part, elle devint un peu moins la fille de ses parents pour devenir sa femme. En apprenant la nouvelle, ses parents hurlèrent à l’hérésie ! Déshéritée, elle serait ! Excommuniée de la société, elle deviendrait ! Pauvre et malheureuse, elle mourrait ! Entêtée elle est restée. Réalisant qu’elle ne saurait avoir de meilleurs partis, ils en prient le leur en rejoignant le sien. L’union serait célébrée et l’indigent vassal rejoindrait cette prestigieuse famille.

 

Voici les nouveaux clients des sœurs dentellières. Ils frappèrent à la porte à 15h17. Clotilde leur ouvrit la porte, surprise de cette arrivée impromptue. Ses aînées étaient aussi surprises qu’elles. Elles connaissaient d’habitude chaque commande avant qu’elle ne soit formulée, mais la trame du destin ne leur permit pas d’entendre celle-ci. Elles les laissèrent tout de même entrer, leur offrant leur délicat thé à la pomme et quelques friandises. Andrée-Pierre était assise au milieu. À sa droite, un peu derrière elle, se tenait Claire, plus rougissante que jamais. À l’autre extrémité se trouvait Clotilde pour une fois muette. La pauvre enfant était mal à l’aise. Depuis leur entrée, le futur promis ne cessait de la dévisager, un léger sourire en coin. Andrée-Pierre s’enquit du souhait de ces clients. Sa voix était tranchante, son regard plus dur qu’à l’accoutumée. Elle se défiait de ceux qu’elle ne pouvait voir sur la trame du destin. Sans prêter gare à l’air menaçant de l’édentée couturière, la jeune fille présenta son vœu pieu. Elle voulait non seulement une robe de mariée pour elle, mais aussi un costume pour son futur époux. Le silence fut la seule réponse ; d’habitude, il ne suffisait que d’un mot pour que Clotilde en déverse un millier. Ses lèvres étaient scellées par ce qu’elles lisaient sur celles du bellâtre. Elle devinait des mots tendres adressés à sa seule personne. Sa rêverie fut interrompue par Claire lui tirant doucement la manche ; la bavarde provisoirement muette se reprit et se mit à discuter avec la fiancée pour savoir si elle avait déjà des idées, tandis que sa discrète sœur faisait des allers-retours en cuisine pour chercher des collations. Les sœurs ne prirent aucun autre rendez-vous de la journée, elles passèrent l’après-midi avec eux jusqu’à 17h01. Agacée de voir leur rituel quotidien bouleversé, Andrée-Pierre brisa brutalement là-dessus. La demoiselle s’excusa de les avoir accaparées et proposa de repasser le lendemain à la même heure. Grognant son approbation, la vénérable expédia dehors ses invités et dévora ses petits croquants ; elle n’avait que trop attendu. Elle confia à chacune ses tâches : Clotilde devait s’occuper d’imaginer les modèles, Claire s’occuperait de leurs confections. Elle, ancienne parmi toutes, scellerait les œuvres à travers la griffe éternelle ornant chacune de leurs créations. Le rituel était toujours le même, mais cette fois-ci l’horizon était brumeux. Clotilde était assise, le regard dans le vide. Elle traçait depuis une heure déjà la même courbe. Pressentant Andrée-Pierre prête à sermonner leur petite sœur, Claire prit les devants. Elle dit, avec une infinie tendresse, qu’elle devait se concentrer un peu plus. Sa petite sœur chérie répondit par un sourire ensommeillé. Elles n’avancèrent dans aucune de leurs tâches, freinées par les rêveries de leur cadette. Elles se retrouvèrent à 21h devant leurs chambres. Elles s’embrassèrent comme à l’accoutumée ; excepté Clotilde qui brisa le silence coutumier en souhaitant une bonne nuit à ses sœurs. Andrée-Pierre et Claire s’endormirent en même temps. Clotilde resta éveillée toute la nuit. Elle était hantée par les lèvres de cet homme promis à une autre.
L’horloge retentit à 7h. À 7h30, Pierre-Andrée et Claire sortirent de leur chambre simultanément. L’aînée dut recompter cinq fois pour réaliser qu’il manquait une personne. L’arlésienne se présenta à 7h35, mal habillée et mal coiffée. Quelle honte ! – s’exclama Andrée-Pierre. Elle lui intima de rentrer dans sa chambre et de n’en ressortir que lorsqu’elle serait présentable. Elles se rendirent chez le boulanger en pressant le pas. Chacun, dans l’échoppe gourmande, perçut l’humeur mauvaise de la doyenne. Poussant d’avance un soupir d’exaspération devant les habituelles hésitations de Clotilde, elle manqua défaillir lorsque celle-ci demanda sans hésiter un éclair au chocolat. Le boulanger étouffa un fou rire devant le visage livide de l’aînée. Une fois rentrées chez elle, les sœurs dentellières déjeunèrent vite pour rattraper leur retard. À 8h, elles étaient sur le chemin des courses. Les passants remarquèrent que Clotilde était moins enjouée que d’habitude, voire qu’elle rougissait autant que Claire lorsqu’on la regardait. Elle semblait absente.

 

Elles arrivèrent à 9h50. Leurs clients de la veille étaient déjà devant l’entrée principale. Ils étaient venus sans se préoccuper de l’heure convenue, allant jusqu’à emprunter une autre porte que celle qui leur était échue. S’étouffant de tant d’impudence, Andrée-Pierre passa devant eux sans les regarder, ouvrit la porte, fit rentrer ses sœurs et referma la porte sur les importuns interloqués. Elle se contenta de leur dire laconiquement de repasser dix minutes plus tard par le jardin. Seule Claire vit le regard pétillant de Clotilde. Ils s’installèrent aux mêmes places que la veille, comme si rien n’avait changé. La plus jeune sœur était bien incapable de prononcer le moindre mot. Son cœur battait tellement fort qu’elle craignait qu’il ne s’envole si elle ouvrait la bouche. Claire, qui se levait régulièrement pour refaire du thé, se rendit compte de ce qui se tramait. Tout en servant, elle s’arrangeait pour se placer entre le futur marié et sa petite sœur chérie. Andrée-Pierre restait impassible. La mariée décrivait ce qu’elle souhaitait mais ne pouvait s’empêcher de ponctuer chaque phrase par une expression de son bonheur. Ses désirs étaient spécifiques. Passionnée par l’histoire de sa famille, convaincue qu’elle était la descendante d’une des maîtresses de Louis XV, elle voulait des costumes d’époque. Pour sa robe, elle désirait un modèle au corsage brodé, doté d’une large encolure brodée. Elle devait être cintrée et large en dessous comme les plus belles robes de princesse. Elle voulait un manteau de velours par-dessus. Son voile devait porter les armoiries de sa famille. Pour son époux, elle voulait un costume plus sobre : un manteau-justaucorps noir, cintré s’arrêtant juste en dessous des genoux. Les yeux de la mariée pétillaient autant en décrivant ces habits que ceux de Clotilde en écoutant. Le couple les quitta à 11h50, au grand soulagement de l’aînée.
Durant le déjeuner, Clotilde se contentait de picorer, elle qui d’habitude se faisait un plaisir de satisfaire son palais. Elle était ailleurs, affichant un sourire béat en repensant à l’entretien durant lequel elle n’avait d’yeux que pour ceux du bel inconnu ; elle le voyait déjà dans le manteau qu’elle avait imaginé pour lui. Les sœurs dentellières parlaient peu ; ce n’était pas inhabituel. Leurs pensées étaient si proches, en dépit de leurs différences, que les mots étaient inutiles ; cette fois le silence était pesant. Leur plus jeune sœur s’était coupée d’elles. Clotilde demanda exceptionnellement à quitter la table pour préparer les croquis. Andrée-Pierre y consentit d’un bref mouvement de la main, en regardant l’assiette encore pleine de sa benjamine. Le moineau picoreur se précipita dans l’atelier, plus portée par son cœur que par ses jambes. Elle dessina d’abord le costume du marié. Elle avait une vision claire de ce qui devait être fait. Elle imaginait que le papier était la peau de son doux prince. Elle laissait son imagination se prélasser sur elle, lui transmettre sa chaleur. Avec fébrilité elle dessinait chaque contour de son corps. Elle fut interrompue dans ses rêveries par Claire qui, délicatement, lui prit les mains. Elle était accroupie devant elle, elle la fixait. Clotilde ne l’avait pas entendu rentrer. Elle ne l’avait pas senti lui prendre tendrement les mains. Elle n’avait pas réalisé qu’elle avait terminé le dessin. Il était posé sur ses genoux. Il était 16h15. Elle était restée en transe depuis qu’elle avait commencé les épreuves. Elle releva la tête et vit le visage plein de larmes de Claire. Cette dernière était troublée par la beauté du costume. Elle n’en avait jamais vu de pareil. Sa petite sœur chérie y avait entièrement mis son cœur. En réponse à l’air hébété de Clotilde, elle lui répondit simplement qu’elle savait mais que benjamine devait faire attention ; que rien n’était possible avec cet homme. Clotilde se contenta de répondre à chaque mot par l’affirmative mensonger. Claire se rendit compte que sa sœur était perdue ; jamais elle ne l’écouterait. Elle termina en disant qu’Andrée-Pierre les attendant pour la promenade. Avec un sourire ne pouvant cacher sa tristesse, elle plaisanta en disant que leur ainée serait furieuse si elle devait attendre plus longtemps avant de déguster ses petits croquants salés à la violette. Elles allèrent à la rencontre de la gourmande édentée, prêtes à subir ses foudres. Elles furent surprises de son absence de réaction. Elles se rendirent, comme tous les jours, à la place du village. Les petits croquants avaient un goût amer. Andrée-Pierre ne les suçotait pas avec gourmandise comme à son habitude, au point que tous le remarquèrent. La rumeur enfla si bien qu’elle parvint aux oreilles du boulanger. Il déboula en toute vitesse et se jeta aux pieds de la vieille pour s’excuser s’il les avait ratés. Tous retenaient leurs souffles en priant pour que la soufflante ne soit pas trop brutale. La doyenne rassura l’artisan en lui disant qu’il n’y avait d’autres responsables que son humeur maussade l’empêchant de goûter son péché mignon. Clotilde éclata d’un rire incontrôlé et malvenu. Son aîné se leva d’un coup et ordonna à ses cadettes de rentrer car il allait pleuvoir. Les badauds regardèrent tous le ciel pendant que les sœurs dentellières rentraient chez elles. Elles ne sont restées qu’une trentaine de minutes. Le ciel était pourtant radieux, dépourvu du moindre nuage.

 

Une fois rentrée, Clotilde se réfugia dans l’élevage de vers à soie. Elle aimait être entourée par ces amis dont chacun avait un nom. Elle leur parlait pendant des heures pour leur raconter la vie de chaque client et leurs désirs ; ainsi les vers fabriquaient une soie unique pour chaque vœu. Elle alla plus loin cette fois-ci : elle leur confia son amour et ses espérances. Les fils que les vers sécrétèrent furent d’une qualité incroyable, d’une finesse unique ; une soie noire, imprégnée de nuit aux nuances étoilées visibles sur chaque fil. Hélas, cette perfection eut un prix. Les vers étaient épuisés, eux qui pouvaient tisser pendant des heures sans s’arrêter. Clotilde eut de la peine pour eux et promit de ne plus autant abuser d’eux. Elle apporta cette soie précieuse à Claire afin qu’elle puisse réaliser le costume du marié. Sans mot dire, la sœur seconde se mit à l’ouvrage. Claire devait à présent faire la robe de mariée. Elle n’y arrivait pas. Elle était incapable d’imaginer le modèle, bien qu’elle ait pris note des moindres désirs de la mariée. Elle passa la soirée à griffonner, déchirer, recommencer et à s’énerver. L’horloge à l’étage mit fin à son calvaire ; il était l’heure de finir le jour. Les sœurs dentellières se retrouvèrent dans le couloir. Elles se regardèrent plus longtemps qu’à l’accoutumée et, sans s’embrasser, rejoignirent leurs chambres respectives.
Clotilde ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle pensait à son doux prince, aux mots qu’elle avait lus sur ses lèvres. Elle s’en voulait aussi de ne pas réussir à faire la robe. La jeune dentellière en était là lorsqu’on frappa à la porte. Sans attendre de réponse, Andrée-Pierre entra, ferme délicatement derrière elle, et s’assit sur le bord du lit. De sa vieille main ridée, elle caressa tendrement les joues délicates de sa plus jeune sœur. Elle lui dit qu’elle ne s‘en rappelait sans doute pas – elle était jeune à l’époque – mais elle s’était éprise d’un homme en des temps immémoriaux. C’était le plus grand de tous, le plus vaillant. Le ciel même avait fini par s’incliner devant lui. Elle avait résisté autant que possible. Il se faisait nuées, il se faisait foudre, il se faisait orage, mais rien n’y faisait. Elle restait inflexible. Puis il se fit pluie d’or pour l’envelopper de sa passion : émerveillée, elle s’était abandonnée à lui, oubliant tout de ses devoirs. Ce roi était aussi un félon. Une fois qu’il eut pris son innocence et ses talents, il partit en quête d’autres bénéfices et la laissa seule avec ce destin qu’elle ne percevait pour elle mais qu’elle savait pour chacun. Elle dit à sa petite sœur qu’il n’était pas de leur nature d’aimer et d’être aimées. Clotilde en eut les larmes aux yeux, ne sachant que dire. C’était la première fois que la doyenne s’ouvrait à elle. Celle-ci n’attendait pas de réponse. Elle l’embrassa sur le front et retourna dans sa chambre, la laissant seule avec son cœur et ses larmes.

 

S’était-elle endormie et rêvait-elle ? Elle vit la fenêtre de sa chambre s’ouvrir pour laisser entrer doucement cet homme éclairé par la lune, nimbé d’une pluie argentée. Les éclats lunaires semblaient le doter d’ailes de papillon. Elle avait peur. Il se jeta sur elle et l’embrassa. Elle sombrait. Il lui prononça à haute voix les mots qu’il avait dessinés sur ces lèvres. Elle chavirait. Il lui promit monts et merveilles. Il lui jurait que cette femme qu’il allait épouser n’était rien pour lui. Il lui raconta que pour nourrir sa famille, il avait dû s’accorder cette union de confort mais il n’en avait plus cure : il voulait simplement être avec la plus jeune des sœurs dentellières. Elle succombait. Oh bien sur ! Il épouserait cette descendante royale le temps que ses proches soient hors du besoin ; mais dès que les affaires seraient réglées, il s’enfuirait avec elle. Elle s’offrait. Il mordillait l’âme de celle qui fut innocente si longtemps. Il tenait son cœur dans ces mains délicates. Elle frissonnait. Il pouvait l’écraser n’importe quand. Elle se pâmait. Il glissait sur sa peau, il se lovait autour d’elle. Elle étouffait. Sa langue de feu investissait ses moindres recoins, embrasant son esprit d’un sentiment de sainteté. Elle s’élevait. Il dévorait cette innocence qu’elle lui abandonnait.

 

L’horloge sonna le glas du sommeil à 7h. Andrée-Pierre et Claire sortirent en même temps de leurs chambres, sans voir Clotilde dans le couloir. Elles attendirent cinq, puis dix minutes. Au bout d’une demi-heure, Claire frappa timidement à la porte de sa petite sœur chérie. Le silence lui répondant, elle ouvrit la porte et vit le lit encore défait. La chambre était vide. Andrée-Pierre devint aussi blanche que les murs de leur demeure. Elles l’appelèrent et la cherchèrent dans toute la maison. Elle se trouvait dans l’atelier. Elle était à genoux et frénétiquement faisait voler les feuilles à dessin selon le bon vouloir de son crayon. Elle était passionnée, elle rit aux éclats quand elle aperçut le regard affolé d’une de ses sœurs et celui sombre de l’autre. L’aînée, furieuse et en dépit de son âge, se précipita sur elle pour lui arracher les esquisses des mains. Clotilde hurlait et pleurait tandis que Claire essayait de les séparer, les suppliant toutes les deux de rester calmes. Si elle avait eu un dentier, Andrée-Pierre l’aurait avalé de surprise. Les dessins étaient ceux de la robe de mariée. Elle était parfaite, digne de la plus grande des reines. Elle en fut tétanisée ; le silence revint dans l’atelier. Elle regarda tristement la jeune femme et lui demanda si elle était certaine que ce soit ce qu’elle désirait. La gorge bien trop nouée pour formuler le moindre mot, elle se contenta de hocher la tête. D’une voix lasse, la doyenne demanda à Claire de terminer le costume du marié et de se mettre ensuite sur la robe. Elles ne sortiraient pas aujourd’hui, elles ne mangeraient pas. Les sœurs dentellières se consacreraient aujourd’hui à ces deux chefs-d’œuvre. Clotilde se jeta dans les bras de ses sœurs ; elles ne lui rendirent qu’une triste étreinte.
L’heure de se réjouir de ce nouvel amour n’était pas encore venue, il fallait accomplir ces travaux. La femme nouvelle retrouva les vers à soie et leur présenta la robe de mariée. Elle leur dit tout de son amour pour son doux prince venu la rejoindre dans un rayon de lune. Un murmure remua les rangs grouillants de ses amis. Ils s’exécutèrent et lui offrirent une soie aussi belle que la veille. Cet accouchement heureux devint un cauchemar. Les vers se mirent à rétrécir, à se vider. Réalisant ce qu’elle leur avait demandé, Clotilde les suppliait de s’arrêter ; en vain. Par amour pour leur amie dentellière, ils allèrent jusqu’au bout d’eux-mêmes. Elle s’effondra en larmes. Elle n’osait s’emparer de cette soie qui avait temps coûté. Andrée-Pierre avait tout vu. Elle lui mit les mains sur les épaules. Elle ne la blâmait pas. Elle lui dit simplement que leurs compagnons avaient fait le plus beau des sacrifices pour ces noces. Elle devait à présent en être digne, quel qu’en soit le prix. Elle n’était plus enfant ; elle-même d’ailleurs ne devrait plus la traiter comme telle. Elle la fit se relever et sécha délicatement ses larmes et lui apprit que le costume était prêt. Après avoir fini le costume-justaucorps, Claire l’avait remis à Andrée-Pierre. La doyenne broda dessus la griffe des sœurs dentellières. Il était naturellement parfait aux yeux des mortels. Il ne se contentait pas de respecter les vœux de la cliente, il les surpassait. Lorsque la marque lui fut apposée, il sembla prendre vie. Une antique présence l’investissait. Il était doux au toucher mais rayonnait d’un esprit puissant. Clotilde se confondait en remerciements et en excuses. Claire l’embrassa tendrement. Toute la soirée, elles confectionnèrent la robe de mariée comme si elle était pour Clotilde. Elles mirent tout leur cœur dans cet ouvrage. Claire finit les doigts sanguinolents. Avec passion, Andrée-Pierre apposa sa bénédiction adressée à une autre, mais au fond créée pour sa sœur : à une déesse convenait une robe de reine.

 

Il était tard, l’horloge sonna le glas du jour. Les sœurs se retrouvèrent dans le couloir, heureuses de leur complicité retrouvée en dépit de l’adversité. Elles s’endormirent, bercées par les sourires et les larmes de la journée ; elles s’endormirent toutes, sauf une. Au milieu de la nuit, Clotilde sortit de sa chambre sans faire de bruit. Elle se rendit dans l’atelier pour récupérer le costume. Elle l’emballa soigneusement et sortit tout aussi silencieusement. L’amoureuse voulait faire une surprise à son amant en se rendant à l’hôtel où il était descendu avec sa future épouse officielle. Comme une ombre furtive, elle traversa les petites rues du village. Les battements de son cœur recouvraient les bruits de ses pas sur le pavé. Clotilde se cacha d’un coup en apercevant une silhouette. Elle ne devait pas être découverte ; ce n’était pas très élégant de la part d’une dame d’être vue courir chez son amant » – imaginait-elle André-Pierre dire ceci si cela se savait. La jeune dentellière se camoufla au coin d’une maison par souci de discrétion mais aussi pour observer le noctambule. Elle aperçut son doux prince ; il voulait certainement la surprendre dans sa chambre comme la veille. Tel sera pris qui croyait prendre, elle décida de le suivre et de se révéler à lui que lorsqu’il s’apprêterait à entrer chez elle. Riant sous cape de sa plaisanterie, Clotilde marcha dans ses pas. Il déambulait nonchalamment, les mains dans les poches. Le cœur de l’éprise succombait devant ce crépusculaire qui l’avait éclairé, puis il tressaillit lorsqu’elle le vit prendre une autre direction que celle de sa maison. Elle faillit hurler que ce n’était pas le bon chemin mais quelque chose la retint de le faire. Il s’arrêta devant la demeure du meunier et leva les yeux à la fenêtre. Elle se mordait les lèvres. Avec probablement la même aisance que la veille, il grimpa jusqu’à la chambre de la jeune fille. Il tapa doucement aux carreaux. La fille du meunier lui ouvrit avec un sourire béat. Il lui passa la main derrière la nuque, approcha son visage et l’embrassa. Il fut invité à rentrer. Clotilde resta dehors. Son cœur battait si fort qu’elle se sentait mourir. Elle était incapable de bouger. Après un moment interminable, le félon ressortit et reprit sa balade nocturne. Il se dirigea cette fois vers la maison du médecin dont la fille était revenue pour quelques jours. Il se hissa sans peine jusqu’à la fenêtre de celle-ci. Les mêmes gestes tendres pour, à coup sûr, les mêmes belles paroles. Il fit, toute la, nuit le tour des maisonnées. De désespoir, Clotilde tomba dans la fureur. Elle repensait à son innocence perdue, à ses amis les vers à soie disparus et à la peine qu’elle avait causée à ses sœurs ; tout ça pour un banal papillonneur. L’aube pointait. La fraîcheur matinale refroidissait autant l’air que ses esprits. Elle vit le scélérat se diriger sans vergogne vers la dernière maison : la sienne. Connaissant le chemin le plus court, elle courut jusqu’à chez elle. Ce nouvel esprit de vengeance entra aussi silencieusement qu’elle était sortie. Elle jeta sur le lit le paquet qu’elle avait serré contre elle toute la nuit. Elle le déchira pour en sortir le costume de l’ingrat. Elle saisit ses outils de couture et avec fureur, modifia la griffe apposée par Andrée-Pierre. Elle y mit sa colère, son ressentiment, sa peine immense. Ce costume de roi céleste resplendit à présent d’une sombre lumière. Elle le posa sur une chaise, enfila sa robe de chambre et se remit au lit.

 

Il était temps ; le traître frappa à sa fenêtre. Elle se forçait à se rappeler son amour pour composer un visage accueillant. Intérieurement, de la lave coulait dans ses veines, prête à tout détruire. Pour éviter qu’il ne la touche, elle mit entre eux le chef-d’œuvre que ses sœurs et elle avec créé pour lui. Elle lui présenta en disant qu’elle l’avait fait en pensant à lui, qu’il était l’exact reflet de son âme. Il fut conquis, il sentait le tissu réagir à sa présence. Sans se faire prier, il voulut l’essayer. Il ne vit pas le sourire mauvais de Clotilde. Elle lui dit qu’il serait encore plus beau en l’essayant dans le jardin, éclairé par l’étoile du matin. La vanité de cet homme se reconnut dans ce jugement. Ils sortirent discrètement non sans qu’elle ait prit avec elle son matériel de couture. Au milieu des vignes des pommiers et des roses, il essaya le costume. Il lui allait parfaitement, il y était à l’aise. Il se sentait devenir un dieu en l’enfilant. Puis il sentit ce même costume rétrécir sur lui. Le col se mouvait autour de son cou et l’étreignait comme une main puissante. Il sentit des pointes se creuser dans sa chair comme autant de petites dents cruelles. Le sang ne perlait pas, il était absorbé par le tissu resplendissant plus que jamais de noirceur. Chaque dentelle devenait une dent qui lui déchirait les chairs. La douleur était si forte qu’il ne pouvait crier. Il était dévoré petit à petit, sa peau était lacérée de toute part, son sang bu goulûment par ce qui devait être sa gloire. Il le serrait de plus en plus au point de broyer ses os un à un. Il poussa un cri brisant l’aube naissante. Des lumières s’allumèrent dans les bâtisses les plus proches. Elles s’éteignirent aussitôt. Nul ne se mêlait jamais des affaires des sœurs dentellières. Lentement, Clotilde sortit de son matériel de couture un fil et une aiguille. La souffrance était telle qu’il ne bougeait plus, bien que toujours conscient. Sa Némésis s’assit à califourchon sur lui. Elle sourit de cette posture semblable à celle adoptée la veille. Délicatement et patiemment, elle lui cousit les lèvres. Plus jamais il ne prononcerait de mensonges ni n’embrasserait d’autres bouches. Il essayait de rassembler ses dernières forces pour se débattre. Ses sœurs, alertées par le cri, avaient surgi dans le jardin. Elles étaient graves, sentencieuses. Elles avaient compris. Elles aidèrent Clotilde dans son rituel macabre et tenaient les bras et les jambes de l’amant criminel. Clotilde saisit de grands ciseaux. Elle cisailla les mains de sa proie afin qu’il ne puisse plus abuser d’autres corps. Elle trancha ensuite les pieds. Là où il se rendait, il n’avait plus besoin de marcher. Ce n’était qu’une créature rampante. Le vent matinal charriait l’odeur du sang et le cri en écho de l’exécuté. Une brume écarlate recouvrait le village. Elle baissa son pantalon et trancha l’objet du délit. Plus jamais il ne transmettrait sa souillure. Elle ouvrit son torse et en retira le cœur encore palpitant. Il n’en avait jamais eu ; il ne lui manquera pas. Ses sœurs enterrèrent les membres dans le jardin, sous les vignes, les pommiers et les roses. Les plantes semblaient se satisfaire de cette offrande. Elles se teintaient, tintaient et s’émouvaient. Sur le corps misérable encore en vie, le tissu devint chitineux, il se durcit jusqu’à devenir une fine carapace. Il le compressait, il rapetissait jusqu’à atteindre la taille d’un vers. Il ne butinerait plus ; était devenu un vers à soie. Clotilde le prit délicatement dans ses mains. Elle se rendit dans l’élevage de vers à soie, suivie de ses sœurs, et le déposa au milieu des cadavres de ses congénères. Les sœurs dentellières se regardèrent un long moment. Claire s’est proposée pour livrer la robe à la mariée. Elle s’y rendit à 7h. Elle revint à 8h avec une boîte contenant un ver à soie. Elle posa sa victime à côté de celui qu’elle devait épouser. Ils seront unis dans la peine, pour le mal qu’ils avaient apporté. Ils allaient croître et remplacer leurs compagnons perdus.
La vie des sœurs dentellières reprit son cours en dépit de quelques légers changements. La famille de la mariée demanda une enquête qui se révéla infructueuse. : la police conclut à une fugue des tourtereaux. Le patron de l’hôtel où ils étaient descendus n’avait-il pas dit qu’ils avaient réglé la note et étaient partis ? Fait confirmé par leurs signatures et par les témoignages des villageois les ayant tous vus reprendre la route. Et qui aurait soupçonné les aimables sœurs ? Le boulanger finit par mourir d’une crise cardiaque ; bien heureusement, sa fille reprit le flambeau. Depuis ce temps, elle prépare tous les jours avec soin les croquants salés à la violette qu’affectionne Andrée-Pierre. On dit même qu’ils sont meilleurs qu’avant car on la voit sourire plus souvent. La doyenne redoutable les suçote avec encore plus de gourmandise. D’aucuns disent que ce n’est pas seule raison de cette nouvelle humeur souriante qu’on lui connaît. Claire est devenue plus audacieuse. C’est maintenant elle qui accueille les clients et leur fait la conversation. On la voit souvent sourire dans la rue et plaisanter avec les badauds. Il fallait bien qu’elle remplace Clotilde pendant que celle-ci était indisponible. Elles avaient d’ailleurs dû adapter leurs horaires ces derniers mois. La plus jeune des sœurs dentellières avait accouché à la maison, aidée par ses aînés. C’était un beau bébé aussi ponctuel pour les heures de repas que pour le sommeil. Tous les jours pendant leurs balades, Clotilde s’arrêtait dans l’élevage de vers à soie et laissait l’enfant jouer un peu avec son père et ses nombreux frères et sœurs. L’enfant a grandi, est devenu adulte ; mais ça, c’est une autre histoire. De nos jours, les sœurs continuent de tisser, plus unies que jamais.

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