Analyse clipistique 1 : Emmure – Nemesis

Le groupe américain Emmure se classe dans la catégorie du Deathcore. Deathcore ? Me demandez-vous… Cela nous vient normalement par la liaison sanglante et spermatique du Death Metal, du Metal Core et du Punk Hardcore, eux mêmes issus respectivement du Metal, du Hardcore et du Punk Rock. Eux mêmes tous enfants consanguins d’un Rock lui-même dégénéré. Voilà pour l’histoire de la petite famille. Vous connaissez, le Rock ? Elvis, Chuck Berry… Be-Bop-A-Lula… Hé bien, avec les Emmure, c’est pareil. Reprenez Be Bop a Lula en marquant bien tous les temps, une rythmique fatale furieuse, un jeu bien grave en cordes ouvertes, une voix d’outre gorge, et c’est pareil. Tout pareil, mais vous obtenez Nemesis que vous pouvez découvrir ici :

Sorti il y a une semaine, ce clip est censé nous « teaser » pour l’événement mondial de la parution de l’album Eternal Enemies le 15 avril. Les Emmure ne sont pas réputés pour leur finesse, mais est-ce un mal ! Non ! Ils jouent fort et tapent dur pour nous en mettre plein nos tronches ébahies. Et ça marche, point de technique ni de radieuses mélodies mais des gros riffs qui filent la patate. Mais Emmure est un groupe que l’on déteste aimer ou l’inverse ou comme vous voulez car ils sont justement trop virils, des bourinours de la chanson.

J’aurais pu chroniquer le dernier clip de Shakira feat Rihanna où elles se caressent les fesses en body

rihanna-shakira

Mais non, trop easy listening putassier sans plus d’intérêts que les faibles bonnets de ces deux donzelles exotiques.

J’aurais pu chroniquer comme tout le monde le clip Happy du monsieur au gros chapeau mais je sais pas qui c’est et mon intérêt pour cette chose heureuse est aussi inexistant que la culture chez Sarkozy. Bref, bref, bref, Nemesis bordel ! J’ai choisi Nemesis, de Emmure et je vous dirai pourquoi en conclusion, maybe…

Le réalisateur, Frankie Palmeri (qui n’est autre que le leader du groupe… on est pas forcément mieux servi par soi-même, vous allez voir), de Nemenis, mon clip nul du jour, a choisi une esthétique particulièrement étrange et me semble-t-il peu réfléchie. À savoir, l’utilisation du Noir et Blanc associé au style d’images filmées au Canon 5d (j’en mets trois ongles à couper) sans steadycam et donc tout tremblotant et avec de sérieux problèmes de mise au point (ça c’est le staïle). Pour moi, vieux schnock, le Noir et Blanc est lié à la TV d’avant les 60’s, même les scopitones sont majoritairement en couleur, ces grand-pères des clips aussi bien léchés que la chatte de ta maîtresse. Images propres et Noir et Blanc, tel est mon credo. Ou alors carrément crados. Mais vouloir faire du Vintage de Djeuns rend la chose gerbante. À un groupe de Deathcore : couleur et vivacité, en gros la même chose mais sans Noir et Blanc. Ou alors la non utilisation de la couleur aurait justement dû contrebalancer le côté bourrin de cette guillerette chanson. Mais là, le cœur de Palmeri balance, le réalisateur titube, que faire ? Comment montrer ? Et aussi quoi montrer ?

Ici, on a le droit pour seul scénario aux membres du groupe disposés en cercle et jouant le morceau dans un hangar désaffecté, soit le degré 0 de l’art sophistiqué du clip qui consiste à la fois à raconter une histoire – somme toute basique pour des raisons de temps –, montrer le groupe – mais pas forcément –, et mettre un avant un single de ouf avec de jolies images pour que les consommateurs se ruent au rayon des singles du supermarché. Dans Nemesis, point de Nemesis, la déesse de la colère des dieux grecs tant aimée par certains membres de l’Orpheo Mundi. La colère est plutôt en moi ! Est-ce que cela brûle un budget que d’avoir des idées ? Non. Les mettre en pratique un peu plus, certes, mais bon. Filmer le groupe dans un hangar est-elle une idée qu’elle est bonne ? Non. C’est de l’inventivité nulle à laquelle la plupart des groupes amateurs ont du se résigner faute de budget. Le staff du groupe aurait tout de même pu penser à faire cachetonner des gonzesses à moitié à poil pour leur faire faire des trucs (c’est pas à moi d’avoir des idées…) !

Je vous ai évoqué, cher lecteur qui me deviendra fidèle – on peut encore rêver en ce bas monde –, la forme mal apprivoisée et le fond de ce clip qui touche le fond. Reste un dernier détail qui a la plus grande importance, j’ai nommé le montage ! Car, « to clip » signifie couper, tailler, segmenter par de courtes séquences différents bouts de rushs puis les monter dans un ordre voulu. Et là, on est franchement servi ! Pour « l’ordre voulu », on repassera puisqu’il n’y a pas d’histoire, mais des coupes il y en a… Je me suis même brûlé les yeux, sungazing style, en tentant de compter le nombre de plans tant l’abondance de coupes est morbide. Interdit de cligner des paupières sinon on loupe des plans, c’est dire leur fugacité, leur rapidité. 141 plans en 173 secondes de clip ! Soit un petit peu plus d’une seconde vingt le plan. Mais quelle justification possible à un tel déchaînement ? Je ne sais pas trop… Nous abrutir peut-être car, de plus, il n’y pas une grande variété de plans… Juste un découpage spasmodique des mêmes valeurs de plans de manière répétitive…

Tout cela – c’est nul – ne m’a bien sûr pas donné envie d’attendre en me languissant sur mon sofa de velours rouge le nouvel album de Emmure. Je partais décontracté à l’abordage puissant et enjoué de ce clip, lequel, j’espérais, me filerait le gourdin pour affronter ma vie au moins durant une journée. Au contraire, je vais m’en retourner tapi dans l’ombre des Internets vers de nouvelles découvertes étonnantes dans les confins de l’univers des clips vibrionnants de mille éclairs…

PS : Ah oui, un dernier détail rigolo pour la route, voici ce qu’on trouve dans leur marchandising parmi casquettes, badges et cd : des booty shorts

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