L'écrin des cris (II)

Elitist : Fear in a handful of dust (Season Of Mist / 2011)

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Véritable magma sonore, ce premier véritable album du groupe Elitist, après un EP prometteur et un split moins convaincant, est en effet semblable à une coulée de lave dont les clapotis n’ont rien d’une berceuse. Ça écorche, ça arrache, ça écharpe et ça renâcle à laisser la moindre touche de douceur. Et après tout, à quoi bon ?

Rien que l’introduction sur fond de larsen donne le ton : une nappe de brume légère comme une chape de plomb vous attire dans des profondeurs visqueuses où l’on suffoque d’angoisse. Et lorsque le premier riff s’élance, lancinant, un frisson parcourt l’échine avec autant d’intensité que cette voix de possédé la rejoint rapidement, et finit de se poser sur une rythmique massive et malsaine, jouant sur les déséquilibres et les ruptures avant de s’implanter dans une lourdeur nauséeuse…

Réveil d’une très mauvaise ivresse à l’absinthe, dans une ruelle dégueulasse, encombrée de déchets scabreux et d’ombres nauséabondes, le cerveau congestionné d’une gerbe de sang, toute la chair lacérée de courbatures. Une tentative pour bouger, et c’est une décharge de douleurs qui déflore au karcher chaque millimètre à la surface de la peau. Alors on se tord par terre, en suivant ces accélérations compulsives, hystériques, qui éclaboussent dans un ralentissement maladif.

Elitist construit par la déconstruction, se jouant des structures conventionnelles pour établir une atmosphère morbide et surtout sans répit. Pas un seul moment de silence. La torture est d’une continuité bestiale, parfois élaborée dans un enchevêtrement cohérent, mais toujours pour retomber dans un chaos à la limite de l’audible. Les oreilles crachent et suintent, remplies d’acouphènes à peine digestes, qui se fixent dans un œil torve. Haletant, le souffle court, le crâne semble rétrécir alors que s’y plonge une turbidité anxieuse.

À nouveau des accélérations qui déroutent et donnent le tournis, vrille insoutenable qui se loge jusqu’au fond des entrailles, donnant envie de dégueuler de rage, de vomir des putains de flammes incolores sur tout ce qui bouge et qui ferait mieux de fermer sa gueule. Car les couleurs sont mortes ici. On parle d’une agonie monochrome. Et comme sur un dessin au fusain, le trait se fait gras et rance, écœurant lorsqu’il se grossit avec une frénésie épileptique, toujours frappé du sceau de cette haine sourde qui n’en finit pourtant jamais d’assourdir cette morne hébétude avec malaise.

Corps et esprit sont enfin en symbiose, n’étant plus qu’une plaie béante, à moitié pourrie, ignivome. Vision hallucinée et tentaculaire d’un charnier putride et spumescent, dont la voix décharnée de Josh Greene se fait un chantre incandescent, irradiant d’une horreur parfaite. Même le silence salvateur qui suit le fade out conclusif reste rempli de spasmes effrayés. Elitist ne remplit pas le vide, mais en le laissant trembler fébrilement, donne au contraire l’opportunité de le rendre un tant soit peu lumineux, l’opposant à cette blafarde absence de vie.

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